Fred et Pierre se marient
Fred et Pierre se marient
 

 

Certains ici savent que lorsque j’avais 20 ans et quelque, j’étais un grand fan de DYNASTY, et je disais sur le ton de l’ironie que mon mariage serait aussi beau que celui de  Krystle CARRINGTON. Je crois aujourd’hui, alors que je me tiens aux côtés de cette magnifique pièce très très bien montée par un virtuose du chou (Merci Vivien) que, grâce à vous, ce mariage est au moins au niveau de celui d’Elizabeth Taylor.

Je voulais d’abord vous parler un peu de ce dessin magnifique de Sylvère que vous avez vu un peu partout : Il a été réalisé à partir d’une photo à laquelle nous tenons beaucoup tous les deux.

A la fin de l’année 2007, mon ami Sylvain qui tenait alors la rubrique psycho dans TETU, et qui doit être là quelque part, proche de nous, avait insisté pour que nous témoignions, photo à l’appui, sur le romantisme dans la couple. Et voilà comment un matin glacial de décembre, nous nous sommes retrouvé à grelotter au bord du lac Daumesnil complètement gelé, pour faire cette photo qui fut publié dans le n° de février 2008.

Dès le début, nous avons senti que cette photo contenait quelque chose de plus fort qu’une simple image.

Parfois les photos permettent d’entrevoir non seulement ce qu’elles montrent, mais également ce qu’elles promettent.

Six ans plus tard, la promesse a grandi, affronté les périls, survécu à bien des assauts pour finalement devenir un engagement, notre engagement l’un pour l’autre et choisir cette photo devenu dessin comme emblème et étendard de notre mariage nous a paru une évidence.

Je parle ici d’étendard car je voudrais vous dire ma fierté de pouvoir me tourner vers l’homme que j’aime et me dire, woooww, c’est mon mari !!

Alors que le débat sur le mariage pour tous ne faisait que commencer, j’ai, certains s’en souviennent, publié dans Le Monde en août 2012 grâce à l’appui de Jean-Paul, une tribune où je répliquais à Franck MARGAIN porte flingue de Christine B, vous savez la grande tragédienne de la place de l’Etoile plus connue sous le sobriquet de l’abjection sans conscience.

Dans cette tribune, Franck MARGAIN y parlait des « couples » de même sexe en prenant soin de mettre des guillemets au mot couple, des guillemets de la haine et du mépris. Certains intellectuels pontifiants sont même allés jusqu’à proclamer que deux hommes ou deux femmes ne pouvaient former un couple, tout au plus une paire, en prenant l’exemple (je vous assure c’est véridique) d’une paire de bœufs sous le même jougs.

Alors oui, devant vous tous ce soir, je voulais vous dire que je ne me suis jamais senti aussi fier d’être gay, d’avoir tenu tête à la haine déferlante, à l’obscurantisme régressif. Cette fierté, c’est pour les homosexuels et les lesbiennes bien plus qu’un mot ou une posture les jours de gay pride, bien plus qu’une marque déposée ou une provocation : c’est d’abord l’affirmation qu’ils n’ont à rougir de rien, et surtout pas de ceux et celles qu’ils aiment. Cette fierté ne contient aucune arrogance, n’exprime aucune rancœur, ne crie aucune vengeance. Elle vient juste signifier que nous sommes là, à notre place, alors même que pendant si longtemps certains nous ont traité par le mépris, enfermé dans la honte et relégué dans une citoyenneté de seconde classe.

Aujourd’hui cette fierté, c’est celle de l’égalité, la fierté que j’aurai à parler de Fred à mes amis, ma famille, mon médecin, mon boulanger ou mes collègues en disant simplement, comme une évidence tranquille et incontestable « mon mari ».

Mais cette évidence reste fragile : nous avons certes beaucoup d’amis, de plus en plus même, mais nous avons aussi encore pas mal d’ennemis qui ne rêvent que de nous renvoyer sous le joug de l’humiliation. Et puis d’autres combats sont encore mener, d’autres engagements doivent être tenus. Et notre fierté tranquille, joyeuse mais aussi lucide et intransigeante doit continuer à nous guider dans cette marche vers une égalité toujours plus  complète.

Mais assez parlé de politique (je vous abreuve suffisamment de mes coups de gueule sur Facebook) et revenons à l’essentiel.

Et l’essentiel, c’est le sentiment de gratitude et de fierté (encore !) de vous voir tous réunis ici, pour célébrer et partager avec nous cette chose inouïe, et pourtant si évidente : Fred et moi sommes désormais mariés. Quand je suis arrivé à Paris, en 1987, mon futur mari avait juste 12 ans. Je commençais ma vie d’adulte, il se préparait à entrer dans l’adolescence ; je fréquentais le Palace, il regardait les Merveilleuses cités d’or. Au fil des années, avons dû nous croiser, au hasard de nos pérégrinations, de nombreuses fois sans jamais cependant nous rencontrer.

Et puis, il y a dans l’existence un instant où les choses se synchronisent, où l’occasion nous est offerte, et où les promesses deviennent réalisables.

Fred et moi avons reconnu tout de suite cet instant et nous ne l’avons pas laissé se défaire dans le doute, l’indifférence ou la facilité. Depuis, chaque jour, je suis émerveillé par mon homme, chaque instant, je réalise avec quelle force je l’aime, chaque seconde je suis bouleversé par son amour. Et je suis tellement heureux et fier que nous puissions désormais partager le nom de nos pères et de le faire avec l’amour et la bienveillance de nos mères.

Oui, parfois, si on prend le temps, si on donne l’énergie et si on montre sa détermination, les promesses se métamorphosent en engagement, et je peux vous dire une chose, c’est vraiment ce qu’il y a de plus magique de l’existence. Je t’aime mon homme !